La Coalition régionale des Laurentides interpelle la Commission nationale d’examen sur l’assurance-emploi de passage à Saint-Jérôme

(Saint-Jérôme, le 10 septembre 2013) – À l’occasion de l’audience de la Commission nationale d’examen sur l’assurance-emploi, qui s’arrête aujourd’hui, à Saint-Jérôme, les représentants de quatre organisations syndicales des Laurentides membres de la CSN, de la CSQ, du SFPQ et de la FTQ feront valoir leur point de vue.

À cette occasion, ils rappelleront l’analyse et les revendications déjà étoffées dans un mémoire conjoint national, comprenant un ensemble de propositions pour que le régime retrouve sa vocation d’origine, en protégeant efficacement les travailleuses et les travailleurs victimes du chômage. L’objectif est aussi de faire connaître à la Commission les impacts régionaux concrets de la réforme sur l’assurance-emploi dans les Laurentides par le biais de témoignages.

Rappelons que la Commission a été mise sur pied dans le sillage de la réforme de l’assurance-emploi du gouvernement Harper. Celle-ci a été décriée par une large coalition dont font partie plusieurs syndicats et organismes des Laurentides qui estiment que cette réforme accentuera l’insécurité et la précarité sur le marché du travail, en plus de frapper de plein fouet certaines industries.

Une réforme qui aggrave le problème

« Les Laurentides connaissent différentes réalités socio-économiques et la réforme de l’assurance-emploi, sans améliorer l’accessibilité au régime, engendrera au contraire plusieurs problèmes, notamment pour les travailleurs des industries touristique ou forestière saisonnières des Hautes-Laurentides, commente Réal Richard, président de la FTQ Laurentides-Lanaudière. Elle fragilisera aussi de façon importante les revenus de ceux qui occupent des emplois dans les multiples PME plus au sud. C’est très inquiétant », a-t-il enchaîné.

Alors qu’en 1989, 83,8 % des chômeuses et chômeurs avaient accès à des prestations régulières, ce taux est passé à 43,9 % en 1997, soit une baisse de 39,9 points de pourcentage. Depuis cette période, la couverture n’est pas allée en s’améliorant. En 2011, le pourcentage des personnes admissibles est passé à 41,3 %, atteignant ainsi son plus bas niveau depuis la fin des années 1990.

« Déjà les effets négatifs se sont fait sentir. Les chauffeurs d’autobus scolaire ont vécu des situations inadmissibles en raison de la bureaucratie qui a été instaurée et qui semble avoir pour objectif, justement, de décourager ceux qui veulent obtenir des prestations de pouvoir faire une demande », indique Louise Jetté, présidente du Conseil central des Laurentides CSN.

« Certains enseignants à contrat et employés de soutien du milieu scolaire ont été pénalisés, confirme Josée Bélanger, coordonnatrice régionale CSQ. À titre d’exemple, plusieurs employés des commissions scolaires ont été convoqués par la Commission d’assurance-emploi à des rencontres obligatoires sous peine de sanction alors même qu’ils ne bénéficiaient que de deux semaines de prestations et qu’ils étaient déjà de retour au travail. »

« De leur côté, des travailleurs subissent des périodes de chômage à cause de la façon dont les grandes entreprises gèrent leur carnet de commandes, ce qui amène les travailleurs à devoir chercher du travail ailleurs en raison de la pression exercée par la réforme et qui pourrait entrainer une perte de qualification », remarque pour sa part Réal Richard, président FTQ Laurentides-Lanaudière ».

Sans oublier le secteur forestier. « Un travailleur de ce secteur a été témoin des propos d’un employeur envers des employés selon lesquels s’ils voulaient faire suffisamment d’heures de travail pour pouvoir avoir droit au chômage, ils devaient accepter une baisse salariale », d’indiquer Sylvain Gendron, président régional SFPQ.

Les représentants régionaux sont unanimes : le régime de l’assurance-emploi a été dénaturé et ils s’expliquent bien mal que des fonds soient utilisés pour une équipe d’enquêteurs dont les cibles trahissent la réelle volonté du gouvernement Harper.

Des changements qui s’imposent

Les quatre organisations demandent au gouvernement d’apporter plusieurs changements à l’assurance-emploi pour mieux protéger les personnes en situation de chômage.

La présidente du Conseil central des Laurentides CSN explique que l’importance de l’assurance-emploi pour la région est capitale : « Le travail saisonnier relié à toute l’industrie touristique, les centres de skis, l’hôtellerie et la restauration, de même que la foresterie, la construction et l’agriculture sont parties intégrantes de notre activité économique. L’assurance-emploi est aussi nécessaire, afin d’apporter une certaine stabilité de revenus aux personnes qui occupent des emplois dans le secteur manufacturier et qui travaillent dans des PME aux prises avec des périodes creuses. »

En 2012, plusieurs emplois de la région des Laurentides provenaient des secteurs du tourisme et de la forêt. « Ce revenu d’appoint payé par les travailleurs et travailleuses, ainsi que par les employeurs, est essentiel pour que la population puisse vivre décemment toute l’année. Il assure aussi aux employeurs que leur main-d’œuvre demeurera dans la région. Il s’agit d’un outil d’équilibre. La période touristique estivale tire à sa fin. Nous serons donc à même de constater les impacts de la réforme d’ici quelques semaines », de renchérir Sylvain Gendron.

Les quatre organisations syndicales enjoignent le gouvernement à prendre ses responsabilités en ce qui a trait au mode de financement du régime, auquel seuls les travailleuses et les travailleurs et les employeurs sont appelés à participer à l’heure actuelle.

« En 1990, malgré une vaste opposition, le gouvernement canadien a cessé de participer financièrement au régime. Nous avons toujours dénoncé ce désengagement de l’État et exhortons le gouvernement à assumer de nouveau la part des dépenses qui lui revient », déclarent les représentants régionaux du SFPQ, de la CSN, de la CSQ et de la FTQ en concluant :

« Si le gouvernement fédéral persiste et signe dans son entreprise de réduction des droits des chômeuses et des chômeurs et refuse de bonifier le régime d’assurance-emploi dans le sens de nos propositions, nous exigerons la création d’un régime québécois d’assurance-chômage, dans la mesure où les paramètres de ce nouveau régime en matière de couverture, de financement et de gouvernance répondent aux revendications de nos organisations. » Ils affirment qu’ils continueront à renforcer leurs alliances et que le gouvernement conservateur devra rendre des comptes.